L’intrapreneuriat, ça en fait rêver plus d’un ! A mi-chemin entre l’entrepreneuriat et le grand groupe, l’intrapreneuriat combine le meilleur des 2 mondes: l’agilité de la startup; la sécurité et les ressources des grands groupes. Pas étonnant qu’une littérature conséquente y soit consacrée. Pourtant, elle est bien souvent trop théorique. Dans cet article, au contraire, on vous livre des conseils d’exécution et d’attitude directement applicables pour les intrapreneurs.

Les hypothèses n’ont pas valeur d’expérience

Ce premier conseils s’applique également aux entrepreneurs : quand on lance un projet, la planification importe beaucoup moins que l’expérience. Oubliez les business plans et autres hypothèses : vous perdez votre temps, il faut se confronter à la réalité du terrain !

Pourquoi ?

  • Il n’y a plus de distance entre une idée et un client potentiel. Vous pouvez tester l’appétence du marché pour votre futur produit ou service avant même d’avoir enclenché le processus de production ! Si un intrapreneur passe des mois à construire et valider une idée en interne, il lui manquera la validation plus pragmatique du marché.
  • Statistiquement, les intrapreneurs à succès adoptent une approche beaucoup plus terrain et itérative. Ils tentent de valider leur marché très tôt. 
  • Enfin, valider ses hypothèses par une expérience est un moyen beaucoup plus sûr de convaincre les comités de validation et de pilotage. Le COMEX sera plus enclin à valider un projet qui donne déjà des signes de vitalité sur le marché.

L’importance du focus 🎯

Encore un conseil également valable pour des entrepreneurs : concentrez-vous sur un petit segment de marché. L’un des travers des grands groupes dans le développement de produits, c’est leur volonté de couvrir des pans très larges d’un marché d’un seul coup. Ils se lancent d’emblée sur plusieurs segments clients, plusieurs villes, plusieurs pays etc. Cela conduit à passer trop de temps à l’étape de réflexion et production, au lieu de chercher la validation objective du marché. Cela conduit également à développer des produits ou services qui sont des amoncellements de fonctionnalités dont aucune n’est réellement la préférée des clients.Au contraire, le produit ou service que l’on envisage doit remplir parfaitement une fonction pour une population donnée. La perfection est atteinte non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à enlever.

“Ajoutez quelquefois, et souvent effacez”. Nicolas Boileau - L'Art Poétique

L’effet induit par cette concentration est la découverte de véritables fans de votre produit ou votre service. C’est à partir de cette base que l’on comprend les réels besoins des clients, que l’on améliore le service et que l’on conquiert le reste du marché.

Un exemple : Eric Favre, l’intrapreneur à succès de Nespresso qui a boulerversé la façon dont nous consommons du café. Pourtant, c’était mal parti : le premier lancement de Nespresso fut un échec retentissant. Lancé simultanément en 1985 sur les marchés suisse, italien, allemand et japonais; le changement de comportement induit par l’utilisation de capsules n’avait pas été anticipé. C’est en testant un micro-marché en Suisse qu’Eric Favre a compris ce qui allait fonctionner sur ce produit. La suite de l’histoire est bien connue 😉

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Ne sous-traitez pas ce que vous n’avez pas appris à faire

L’une des tendances naturelles des intrapreneurs est de déléguer une partie des tâches que son équipe ne maîtrise pas. C’est pourtant un comportement risqué. Déléguer un sujet sur lequel on n’a aucune expertise est le meilleur moyen d’allonger la distance entre l’idée et le marché, de demander la mauvaise chose dans le cahier des charges au prestataire de service ou de se faire arnaquer.

Sous-traiter alourdit la gestion du projet, enlève l’ensemble des cartes des mains des intrapreneurs et crée un risque non négligeable d’alourdir le budget pour pas grand chose.

Tout peut être appris de manière rudimentaire gratuitement sur Internet, y compris des éléments techniques / technologiques. Ce n’est pas un investissement perdu que d’apprendre ces choses afin d’être capable, a minima, de briefer correctement un prestataire et de juger la qualité ou l’efficacité de son travail.

À ce titre, le conseil de Guy Kawaski aux intrapreneurs (reboot your brain) prend tout son sens. Désapprenez les méthodes traditionnelles de grand groupe et formez-vous à faire vous-même, à faire plus rapidement, à faire plus simplement.

Oubliez les recettes miracles 🧚‍♂️

Ce conseil est en connexion directe avec le tout dernier point. Désapprendre les méthodes de grands groupes ne veut pas dire singer les méthodes de startups, sans réfléchir aux différences fondamentales qui existent pour les intrapreneurs. Les méthodologies entrepreneuriales sont nombreuses : lean Startup Methodology, Business Model Canvas, Design Thinking, méthodologie agile etc.

Ces méthodes ont des caractéristiques communes évidentes; dont il faut être conscient :

  • Elles réduisent la science managériale à des principes entrepreneuriaux trop simples. 
  • Elles décrivent en général des grands frameworks à appliquer de manière standard. Ainsi, elles oublient de donner les leçons entrepreneuriales fondamentales qui existent derrière chaque étape ou chaque élément.
  • Enfin, ces méthodes n’ont pas pour plus grande vertu de définir des process généralement adaptables. Au contraire, dans la plupart des cas, les process ne collent pas parfaitement à la réalité des intrapreneurs. Ce qui importe, au fond, ce sont les principes simples qui sous-tendent ces méthodologies. Par exemple: le lean startup ? Prendre des décisions plus rapidement, de manière itérative plutôt que planifiée.

En résumé, ces méthodes vous feront croire que vous faites de l’innovation de manière cosmétique sans forcément vous y mener. Elles manquent de fond si elles ne sont pas appuyées d’exemples concrets. Elles doivent plus être considérées pour la philosophie qu’elles véhiculent que pour les process qu’elles décrivent.

N’ayez pas peur de vous faire licencier

La plupart des intrapreneurs français sont bien formés, CSP+, parisiens et occupent des postes de cadre au sein de grands groupes fleurons de notre économie. Cependant, leur approche du marché du travail est la même que celle d’ouvriers industriels en PME dans des régions économiquement délabrées : elle est guidée par la peur de perdre leur emploi.

Ce n’est pas rationnel ! Il est très acceptable à l’ère numérique de multiplier les postes et d’avoir des carrières moins linéaires que les générations précédentes. Il est improbable de ne pas retrouver d’emploi à la suite d’une expérience intrapreneuriale trop poussée.

“Pour créer une société au sein d’une grande entreprise, il ne faut jamais craindre d’être un jour mis à la porte. Faute de quoi, il est impossible de réussir”. Eric Favre - Intrapreneur et créateur de Nespressoo

C’est à l’intrapreneur d’être l’agent du changement au sein de l’entreprise. Cette volonté de changement va, bien sûr, s’opposer à toutes sortes de résistances et gêner en interne. Ainsi, les exemples sont nombreux d’intrapreneurs à succès ayant risqué de perdre leur emploi.

C’est le cas de Tom Osborn, employé de Procter & Gamble, ayant inventé un nouveau format de serviettes hygiéniques que son management refusait de mettre sur le marché. Les inventions de Tom Osborn représentent aujourd’hui 1,5 milliards de $ annuels de revenus pour P&G.

Réussir est plus important que bien faire son travail

Les grands groupes récompensent les gens qui exécutent bien ce qu’on leur demande. Peu importe les résultats du groupe, un cadre peut légitimement demander une promotion s’il a réalisé de bonnes performances dans les tâches qui lui ont été confiées sur une période de temps. Et tout aussi légitimement, il l’obtient. Cela tient au fait que le grand groupe récompense et sanctionne les gens en fonction de la manière dont ils performent leur travail. 

Cependant, pour un entrepreneur, c’est contre-intuitif : son critère de performance est la réaction directe du marché, rien d’autre. De la même manière, un intrapreneur ne devrait pas se soucier du jugement de ses managers mais seulement de la réaction du marché au produit ou service qu’il tente de lancer. C’est de cette manière qu’il sera couronné de succès à la fin de son aventure !

Chez Hewlett-Packard, un ingénieur du nom de Chuck House s’est battu corps et âme pour défendre son projet d’écran géant. Il était prévu d’en vendre 30 exemplaires. Il en a vendu 30 000. Pour son loyal service, Dave Packard, l’ancien président du groupe, lui a remis la “Médaille de la Défiance” ; rappelant à tous les employés que faire ce qu’ils pensaient bon pour le groupe était parfois plus important que faire le travail qu’on leur demandait.

Activez le mode ninja 🥷

Le meilleur moyen de ne pas vous encombrer avec trop de jeux politiques et d’avancer rapidement est de procéder furtivement, en restant discret, sans chercher l’aval du sponsor à tout prix.

Attention, cela ne veut pas dire ne pas faire de reporting. Il s’agit plutôt de maintenir celui-ci à un niveau minimal et surtout ne pas communiquer sur toutes les initiatives en cours de test. Arriver en meeting avec la preuve “terrain” de ce qu’on cherche à démontrer est un meilleur moyen de le faire valider. Cela ne peut fonctionner que si l’expérience a été dissimulée pendant un moment. Il est d’ailleurs plus facile de demander pardon en cas d’erreur que la permission d’avancer.

La condition pour pouvoir avancer furtivement, en sortant du cadre défini par le management et le sponsor, est la bienveillance. Gardez toujours les meilleurs intérêts de l’entreprise en ligne de mire. 

Apprenez à collaborer

L’un des gros facteurs de blocage pour les intrapreneurs est leur difficulté à collaborer. Nous l’avons vu, ils doivent naviguer entre managers, experts métiers, COMEX et tout de même arriver à voir clair entre membres de l’équipe. Mettre en place une culture de l’écrit et de l’asynchrone est important.

Certains outils (comme Slack) permettent de le faire simplement, mais c’est avant tout une question d’état d’esprit.

Voici quelques principes clés :

  • La rétention d’information est à proscrire.
  • La réunion en elle-même n’est pas forcément le meilleur moyen de s’assurer de l’implication de tout le monde: une répartition écrite des tâches, claire et visible par tous, a plus de chances d’aboutir sur des avancées concrètes.

Trouver les meilleurs moyens de collaborer en équipe et avec le reste de l’entreprise est fondamental.

Amusez-vous!

L’intrapreneur doit faire beaucoup de choses ingrates et risquées pour voir son projet réussir. Il peut ainsi avoir un impact sur le cours d’une grande entreprise et participer à sa transformation.

Il faut prendre du plaisir dans la mission de son groupe et s’atteler à ajouter quelque chose à cette mission avec détermination.

Le but de l’intrapreneur doit être de créer un nouveau relai de croissance pour son entreprise et de la faire progresser. C’est une passion qui doit l’animer ardemment. C’est la seule façon de traverser avec succès les différents défis que pose l’aventure intrapreneuriale — de survivre dans la jungle. Et c’est terriblement excitant !

Lisez la suite 😉

Cet article est extrait d’une réflexion plus longue sur l’intrapreunariat. Cette réflexion est importante pour comprendre le contexte dans lequel les conseils précédents s’appliquent. L’article complet est disponible ici.

Si cet article propose des conseils génériques d’exécution et d’attitude pour les intrapreneurs, Lion propose de manière concrète de transmettre aux intrapreneurs ces réflexes, cet état d’esprit et cette énergie. Pour cela, nous sélectionnons les meilleurs entrepreneurs comme intervenants. Ils viennent transmettre leurs outils, leurs méthodes et parler de ce qu’ils vivent au quotidien, des expériences marquantes qu’ils ont vécu le mois dernier. C’est ce pragmatisme qui fait toute la différence! C’est en se mettant en situation pratique que l’on donne du sens à et que l’on s’imprègne de l’état d’esprit propre à l’économie numérique. Ce n’est pas une question de parcours, d’âge ou de savoir-faire mais bien une question de vision et d’état d’esprit !

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